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Discours de Mariano Rajoy, Convention sur l'Europe

Intervention de Mariano Rajoy
Président du Partido Popular (Espagne)

Convention sur l’Europe
Mercredi 30 janvier 2008

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Mes chers amis,

C’est pour moi un honneur que de pouvoir m’adresser à nouveau à notre famille politique européenne et à nos frères français de l’UMP.
Avant tout, je souhaiterais saluer tout particulièrement mon ami le Premier ministre, François Fillon, qui, voilà un an, a eu l’amabilité de venir à Madrid pour participer à notre convention sur un sujet très important comme peut l’être celui de l’immigration.

Je souhaiterais également saluer un certain nombre des militants de mon parti qui résident en France et qui nous accompagnent ici, ce matin. Exemple frappant de coopération entre nos deux partis. Vous me permettrez de rappeler aux 160 000 Espagnols qui résident en France qu’ils auront la possibilité de voter aux prochaines élections générales espagnoles. Je suis convaincu qu’ils sauront le faire en toute intelligence et avec patriotisme.
Merci de tout cœur, à vous tous, pour votre présence ici.

Chers amis,
Je suis là depuis quelques minutes et j’ai entendu parler de points très importants : la PAC, le budget de l’Union européenne, de l’élargissement et aussi de la Turquie. Pourtant, moi, aujourd’hui, je parlerai de valeurs, des valeurs communes qui unissent nos deux partis et nos deux pays.
J’ai décidé de parler de valeurs parce que je crois que parler aujourd’hui des valeurs communes des Français et des Espagnols est un bien intéressant pour parler également de l’Europe. Au-delà des frontières, des langues et des Pyrénées, on retrouve les valeurs qui résident dans la tête et le cœur des citoyens.

Chers amis,
Nos valeurs vont au-delà de tout, grâce au travail que nos partis politiques réalisent dans leur pays respectif et ensemble au niveau européen. Pour le dire autrement, dans les valeurs, nous retrouvons l’origine de la politique. La défense des valeurs est sans aucun doute la cause fondamentale qui fait que votre serviteur travaille depuis plus de trente ans dans ce métier difficile de la politique.
Mon moteur et mon mobile ont toujours été les mêmes. En tant que conseiller municipal de mon village, comme député régional, comme ministre, vice-président, ou aujourd’hui comme leader de l’opposition en Espagne et candidat à la présidence du gouvernement. Mon seul moteur a toujours été la défense des valeurs. 

Chers amis,
Si nous faisons l’effort pendant un moment de se concentrer sur la valeur commune de nos forces politiques en France et en Espagne, nous arriverons à une conclusion évidente : ce qui unit le Parti populaire et l’UMP, et ce qui nous différencie de nos adversaires, c’est que tout simplement, nous, nous avons des valeurs. Nous défendons ces valeurs et nous travaillons au nom de ces valeurs. Voilà la grande différence et voilà notre avantage comparatif.

Mais, au-delà, notre engagement vis-à-vis de ces valeurs et de ces principes est le pilier le plus solide sur lequel peut s’appuyer l’Europe et sur lequel elle peut définir son rôle dans le monde.

Il y a quelques années, lorsque le mur de Berlin était encore une ligne de démarcation entre liberté et tyrannie, j’ai été impressionné à la lecture d’un opuscule de Milan Kundera intitulé « L’Occident séquestré ». L’écrivain tchèque, résidant à Paris, excellent exemple d’« homo européeus », nous disait qu’au-delà des régimes politiques battait le cœur d’une civilisation européenne commune, que pas même le totalitarisme le plus cruel serait capable d’éliminer. Kundera avait raison, au-delà des régimes politiques, bat le cœur d’une civilisation européenne. Parce qu’il existe des valeurs, comme la liberté, l’esprit critique, la dignité de l’être humain et la responsabilité individuelle, qui font que les personnes sont au cœur de notre attention et sont la première dimension de notre projet politique européen.

Chers amis,
L’Europe a connu des temps d’indéfinition qui nous ont mené à un blocage institutionnel alors que le monde avait choisi de ne pas nous attendre et d’avancer à des vitesses vertigineuses. Avec l’effort de tous ceux qui ont horreur de l’immobilisme et du conformisme, l’Europe a su reprendre le chemin de la réforme et conclure avec succès un nouveau traité qui nous permettra de faire ce que nous savons le mieux faire : travailler pour les personnes et pour les Européens.

Le traité de Lisbonne invite une nouvelle fois les Européens à se concentrer sur les opportunités et les défis qui nous attendent. Au sein de l’opposition, au cours des quatre dernières années, en Espagne, j’ai soutenu ces négociations et je me suis engagé, à l’avance, vis-à-vis des Espagnols à ratifier le traité lorsque je serai président du gouvernement.

Mes chers amis,
Je ne viens pas ici vous parler des vicissitudes d’un processus de construction européenne que, sans aucun doute, je vis avec passion et énorme intérêt. Je viens vous parler aujourd’hui en tant qu’homme politique européen qui doit faire face au défi le plus passionnant pour un serviteur public : rassembler la confiance des citoyens pour diriger le gouvernement de mon pays.

À 40 jours des élections générales espagnoles, j’ai traversé aujourd’hui les Pyrénées pour vous raconter que nos valeurs communes feront son futur. De Gaulle a dit que l’Europe sans l’Espagne manquait de profondeur, et c’est pour cela que la défense des valeurs de mon pays suppose également la défense des valeurs d’une Europe qui, plus que jamais, a besoin de se sentir forte et sûre d’elle-même.
C’est pour cela que je suis aujourd’hui parmi vous. Je veux partager avec les Français, le défi commun de la défense des valeurs que nous partageons pour que, tous ensemble, nous puissions offrir à nos enfants une Europe forte et sûre, une Europe généreuse avec ceux qui en ont le plus besoin et une Europe exigeante vis-à-vis du respect de ses valeurs. Une Europe de vainqueurs, compétitive, sans complexes idéologiques que l’histoire a emporté avec elle.

Voilà près d’un an, la France a connu une expérience politique si intense qu’elle a fait trembler le ciment d’une société française avide d’un nouveau départ. Votre expérience a été vécue par beaucoup d’Espagnols comme une avance sur ce que mon pays réclame aujourd’hui pour elle-même. De France sont venus des vents de changement qui soufflent enfin en Espagne comme une tramontane rafraîchissante.

Voilà quatre ans que je parcoure l’Espagne. Sur l’ensemble de mon pays, les personnes que j’ai rencontrées sont fortes, joviales, heureuses et ont des valeurs et des principes. Je crois aux hommes et aux femmes d’Espagne parce que dans leur regard je vois refléter les valeurs qui m’ont poussées à travailler un jour pour mon pays.

Chers amis,
Je veux que vous sachiez ce que je vais dire aux Espagnols dans les semaines qui viennent. Je vais leur dire que je partage avec eux la fierté d’appartenir à l’une des nations les plus anciennes du monde occidental. Que je partage avec eux le besoin d’un projet politique d’intégration, qui aille au-delà des divisions par la voie de la concorde.
Je vais leur dire qu’avec toutes les forces, nous allons travailler pour une société qui se base de plus en plus sur les valeurs et les principes. Je vais aller à la rencontre des Espagnols et leur offrir un gouvernement de sécurité et de certitude. Un gouvernement qui sait où il va, qui sait comment il y va. Un gouvernement qui fasse fi de l’improvisation et de la frivolité.
Un gouvernement, finalement, qui rende la confiance aux Espagnols.

Mon gouvernement s’occupera des vrais problèmes des Espagnols. Nous ferons face aux réalités économiques avec détermination et courage. Nous lancerons un grand programme de réformes économiques. Nous baisserons à nouveau les impôts sur les entreprises, jusqu’à 20 % pour l’impôt sur les sociétés, et pour les personnes. Nous souhaitons un système éducatif basé sur le mérite et l’effort qui nous aide à être compétitifs dans le monde.

Chers amis,
L’économie est au service des personnes. L’objectif est d’être préparé pour lutter dans un monde plus en plus ouvert et global et que les Espagnols vivent de mieux en mieux. L’Europe a besoin de réformes économiques, de réformes, de réformes et de réformes de plus en plus ambitieuses.

Chers amis,
Je travaillerai pour détruire le terrorisme et je ne négocierai jamais avec les terroristes. Les droits et les libertés des personnes ne sont pas négociables. Pas plus que le bon respect de la loi.

C’est aujourd’hui, 30 janvier, le dixième anniversaire de l’assassinat par le groupe terroriste ETA à Séville, une des villes les plus importantes d’Espagne dans le Sud, en Andalousie, du conseiller du Parti populaire Alberto Jiménez et de son épouse. Permettez-moi d’avoir une pensée pour eux aujourd’hui, pour leur famille et pour toutes les victimes du terrorisme.
Je souhaite également remercier l’aide française dans cette lutte contre le terrorisme et je vous encourage à persévérer dans cette voie à l’avenir. Il n’y a rien de plus important que la vie des personnes, que leur liberté et que leurs droits.

Chers amis,
Je travaillerai pour que tous ceux qui viendront en Espagne d’autres points du monde soient intégrés dans notre pays. L’Espagne est aujourd’hui le 2e pays du monde à recevoir le plus de citoyens étrangers. Seuls les Etats-Unis font mieux.
J’ai entendu aujourd’hui parler d’immigration. Ma position est la suivante : ceux qui viennent de l’étranger, de dehors, doivent avoir les mêmes droits et les mêmes opportunités, mais ils doivent également avoir les mêmes devoirs et les mêmes obligations. L’occident répond, de par ses lois, à une histoire, à une tradition, à une culture et à des valeurs. Tout cela nous les assumons et souhaitons que ceux qui viennent de l’extérieur les assument également.
De fait, je travaillerai pour que l’Europe dispose d’une politique d’immigration commune. Je l’ai fait lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, je l’ai fait lorsque l’Espagne assumait la présidence de l’Union européenne.

Il ne peut y avoir de droits et de devoirs différents pour ceux qui viennent de l’extérieur dans les différents pays européens. Il ne peut y avoir d’énormes différences pour entrer dans un pays d’Europe. Le contrôle des frontières incombe à tous parce qu’en Europe, nous avons la libre circulation des personnes. Il ne peut y avoir de droits différents en matière de santé dans chacun des pays. Il ne peut y avoir de différences en matière de regroupement familial parce que sinon les gens irons dans le pays où ces normes sont le plus laxistes.
Si l’Europe doit avancer sur un point et se doter d’une politique commune, c’est en matière d’immigration. C’est l’une des principales nouveautés qui sont en train d’apparaître, depuis un certain temps dans certains pays, mais d’une manière totalement imparable dans d’autres.

Chers amis,
Pour finir, je travaillerai avec pour seul objectif de répondre aux attentes et aux souhaits des Espagnols. Je souhaite une nation unie, où les citoyens puissent se sentir de plus en plus libres, où il y aura de plus en plus d’opportunités pour tous, où tous auront les mêmes droits et les mêmes obligations. Une nation où le travail et l’effort seront valorisés, qui représentera en Europe le rôle qui est le sien de par son histoire, sa culture et son potentiel économique.

Je vais travailler pour que l’Europe soit de plus en plus européenne et je veux pouvoir donner mon opinion sur l’immigration, sur l’économie, sur tous les différents thèmes, parce que l’Espagne sous le gouvernement du Parti populaire a montré qu’elle savait entreprendre des réformes économiques, a démontré qu’elle était capable de faire un grand saut en avant. Nous le referons à l’avenir lorsque prendra fin, et la fin est proche, ce mandat de quatre ans où l’Espagne s’est trouvée bloquée, après huit ans de progrès et d’avancées.

Merci beaucoup.

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