Tribune de Bernard Deflesselles
Le Figaro, le 28 mai 2008
Député des Bouches du Rhône
2ème Vice-Président du Groupe UMP à l’Assemblée Nationale
Conseiller Politique de l’UMP
Le Ministère de la Défense va vivre une réforme d’une ampleur qu’il n’a pas connue depuis vingt ou trente ans : l’implantation des unités sera rationalisée, les états-majors et les directions seront réorganisés, les fonctions d’administration générale et de soutien seront resserrées … Cette réforme se fera au profit de la Défense elle-même, au profit des forces armées, au profit du personnel de la Défense, militaire et civil. Cette affirmation n’est pas une simple conviction personnelle, c’est le constat objectif, logique, qui s’impose au terme de l’analyse des mesures envisagées.
Au profit de la Défense, parce que cette réforme vise à adapter notre outil militaire à l’évolution des menaces et des risques. La situation géopolitique du monde change vite, et les ennemis d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. L’instabilité de plusieurs foyers de crise, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, le terrorisme et la prolifération nucléaire, plus généralement le réarmement mondial, les tensions générées par l’accès stratégique aux matières premières et aux sources d’énergie, autant de menaces qui doivent être prises au sérieux et qui nous imposent d’adapter nos capacités en conséquence. C’est la condition nécessaire pour être en mesure de garantir en permanence la sécurité de nos concitoyens et de nos alliés, mais aussi pour tenir nos engagements internationaux.
Or notre outil de défense repose sur un modèle d'armée élaboré en 1996, il y a plus de dix ans. Destiné à être réalisé avec trois lois de programmation successives, ce modèle a été actualisé lors de l'élaboration de la loi 2003-2008. Cependant, l'état des lieux qui a été réalisé il y a quelques mois, a montré que des lacunes capacitaires demeurent et que des fragilités sont apparues.
S’y ajoutent un poids accru de la contrainte budgétaire, avec les exigences de la professionnalisation, le coût croissant des opérations extérieures et la présence toujours plus forte de haute technologie dans les équipements. A contrats opérationnels inchangés, les besoins en crédits d'équipement annuels pourraient passer de 16 milliards d’euros en 2003-2008 à 22 milliards entre 2009 et 2013.
Comment, dès lors, assumer ce surcroît budgétaire ? Comment financer nos nouveaux matériels ? Comment améliorer nos capacités dans les domaines, devenus cruciaux, du renseignement et de l’anticipation ? Comment préserver notre outil industriel de défense ? Comment continuer à améliorer la condition du personnel militaire et civil ? En nous réformant dans le cadre de la modernisation de l’Etat ; en nous modernisant et en utilisant nos ressources de la manière la plus rationnelle et la plus efficiente. Le budget de la Défense est aujourd’hui le deuxième budget de l’Etat. Il le restera. Le Président de la République, Chef des Armées, en est le garant. Avec 2 % du PIB, il fait de la France le pays qui, comme la Grande Bretagne, assure le mieux la sécurité de son territoire.
Il n’y a donc aucune restriction budgétaire pour les armées, contrairement à ce que certains craignent. La réforme sera menée à budget constant, et les bénéfices qui en seront retirés seront affectés exclusivement à notre effort de défense.
Non, la France ne va pas baisser pavillon. Au contraire ! C’est précisément pour garder notre place dans le groupe des 4 à 5 premières puissances militaires sur la planète, pour tenir notre rang en Europe et dans le monde, qu’il nous faut nous adapter constamment. La réforme des armées est bien la preuve que nous conservons une haute ambition pour la Défense française. Refuser le changement, ce serait conserver des structures vieillies et inadaptées, une carte des implantations dépassée. Aucun militaire, aucun homme politique responsable ne peut l’accepter.
C’est une évidence : les réformes qui vont être mises en œuvre reposent sur des principes simples : une organisation plus rationnelle, le recentrage de chaque entité du Ministère sur son cœur de métier, des moyens communs aux trois armées pour supprimer des doublons coûteux, un stationnement sur le territoire resserré et plus efficient, la constitution de bases de défense. Cet ensemble cohérent permettra en outre des gains substantiels en coûts de fonctionnement. C’est tout simplement du bon sens ! Des militaires, des civils, des élus s’inquiètent du redéploiement des unités, qui s’accompagnera de fermetures et transferts. Cette inquiétude est légitime et chaque mesure ayant un impact territorial donnera lieu à un accompagnement social et économique, et des mesures d’accompagnement qui seront à la hauteur de l’ampleur des réformes. C’est un engagement fort du Ministre de la Défense : chaque décision prise tiendra compte de la réalité locale et sociale. Une attention toute particulière sera portée à la situation des hommes et des femmes qui porteront la réforme.
Soutenir la réforme de la Défense relève de notre responsabilité individuelle et collective. Soutenir cette réforme c'est aussi soutenir le Président de la République qui souhaite ardemment que notre pays soit en mesure de maintenir nos ambitions stratégiques, de continuer à assurer la protection de nos intérêts et le rayonnement de la France dans le monde.