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Discours de Mme Angela Merkel, Convention sur l'Europe

Intervention de Mme Angela Merkel
Présidente de la CDU

Convention sur l’Europe
Mercredi 30 janvier 2008

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Mes chers amis,

Je vous remercie très chaleureusement pour cette invitation à prendre la parole aujourd’hui parmi vous, devant l’UMP.
Je me souviens de la cérémonie d’inauguration de l’UMP, c’est un événement qui reste marqué dans ma mémoire. Je me souviens de l’époque où, quand tu nous présentais les instances de l’UMP, j’étais dans l’opposition, cher Nicolas. Je me réjouis que notre ami espagnol Rajoy soit présent aujourd’hui et je veux lui dire qu’en Espagne aussi nous allons passer de l’opposition à la majorité. C’est ce que je lui souhaite de tout cœur.

Cher Nicolas,
Au premier jour de ton mandat, tu es venu à Berlin et tu as décris l’amitié franco-allemande comme quelque chose de sacré. Je crois effectivement que la réconciliation entre nos deux peuples fait partie de l’héritage le plus précieux de l’après guerre. Pour ma part, je peux dire, et je crois que cela vaut pour nous tous, que rien ni personne ne nous empêchera d’entretenir ce précieux héritage et de le développer davantage. C’est notre devoir, notre mission, historique et pour l’avenir.
Notre monde va de plus en plus vite, les événements se bousculent et parfois nous en oublions un peu le sens de l’histoire. Alors, au début de mon intervention, je voudrais tout de même rappeler les femmes et les hommes qui, après la deuxième guerre mondiale, ont bâti les premières grandes étapes, incroyables pour l’époque, sur la voie de la raison, puis de la réconciliation entre nos deux peuples.

Le président de Gaulle a, en juin 1962, à quelques jours de la visite d’Etat du Chancelier Adenauer, résumé les choses de la manière suivante : « Nous, les Français, avons compris, et ce n’est pas sans mérite, que toutes les haines, tous les préjugés, toutes les méfiances doivent être surmontées vis-à-vis de notre grand voisin, dont les armes et parfois la philosophie ont fait tant de mal et que nous avons parfois subies ».
Charles de Gaulle nous disait : « Ces écarts-là sont surmontés. Le rapprochement entre ces deux grands pays que sont la France et l’Allemagne est devenu un fait, une réalité ».
Dans ces paroles, on ressent bien cet esprit profond, ce courage de s’engager sur cette voie de la réconciliation, pas seulement au bénéfice de l’un des partenaires mais pour le bien de nos deux pays et pour le bien de toute l’Europe. À l’époque, après une succession infinie de guerres, de meurtres, c’était une victoire de la raison et de l’esprit européen.

Il y a quelques jours, nous avons comme eux célébré les 45 ans du traité de l’Elysée. Nos deux Parlements s’étaient réunis à Versailles pour le 40e anniversaire. L’année dernière, nous avons fêté les 50 ans du traité de Rome. On peut dire qu’il s’est passé beaucoup de chose en Europe depuis ces 40 ans. L’Europe est à nouveau unie, elle a réussi à surmonter cette division et nous pouvons tous en être reconnaissants.

Avec le miracle que constitue la fin de la guerre froide, le fait que la capitale allemande n’était plus divisée, que l’Allemagne n’était plus divisée, après que tout cela se soit déroulé en 1989 et 1990, l’Europe, tout d’un coup, se trouvait face à une situation, dans laquelle elle semblait ne plus pouvoir avancer. En France, aux Pays-Bas, dans un referendum, les peuples ont soudain dit non à un projet de traité constitutionnel.

Et c’est toi Nicolas qui, au soir de l’échec de ce referendum, a décidé de ne pas jeter l’éponge et a expliqué que les gens n’avaient pas dit non à l’Europe, mais non à une Europe qu’ils ne comprenaient plus. C’était cela l’élément décisif. Et notre tâche est de construire une Europe que les gens comprennent.

Nous sommes ensuite parvenus à trouver les bonnes conclusions à tirer de cet événement. Nous ne nous sommes pas accusés mutuellement entre les pays qui avaient un referendum et ceux qui n’en avaient pas, nous n’avons pas tourné autour du pot pendant très longtemps pour en trouver les causes.

Nicolas a entrepris une action très courageuse pendant la campagne électorale en France, en reconnaissant clairement la nécessité d’un traité simplifié. Il a eu le courage et je lui en suis très reconnaissante, je tiens à le dire publiquement aujourd’hui. Il a eu le courage de dire qu’un tel traité simplifié était une décision politique, que nous n’avions pas besoin pour cela d’un nouveau referendum. Et c’est ainsi qu’ensemble, à la fin de la présidence allemande, nous sommes parvenus avec toute la bonne volonté de tous les Etats membres à mettre sur pied un nouveau traité et cela a donné un résultat formidable.

Avec ce traité, dont la ratification est dans une phase cruciale en France, en Allemagne, avec les deux chambres, c’est encore un peu plus long, mais nous y arriverons tout de même, évidemment ; la France est en bonne voie.
Avec ce traité, nous n’avons rien fait de plus ou de moins que de rétablir la capacité de fonctionnement de cette nouvelle Europe élargie et de créer les conditions pour pouvoir accueillir de nouveaux membres des Balkans.

Qu’apporte ce nouveau traité ? Des améliorations essentielles. Il détermine clairement comment les compétences sont limitées l’Europe, les Etats nations et peut-être les Régions.

Mes chers amis,
Je crois qu’en Allemagne, tout comme en France, il est important pour les gens de savoir que l’Europe ne peut pas s’immiscer dans tout, mais qu’elle doit résoudre ce qu’elle peut mieux résoudre que les Etats nations.
C’est ce qui est repris pour la première fois dans ce traité.

Puis, avec ce traité, nous avons également fait quelque chose qui n’est pas facile pour les gouvernements, nous avons renforcé le rôle des Parlements nationaux. Ces derniers peuvent, lorsqu’ils constatent à la majorité des Parlements nationaux que l’Europe s’engage à régler quelque chose qui ne lui incombe pas, amener la Commission à revoir sa proposition ou à la classer aux actes.
C’est fait dans l’intérêt de la démocratie et cela va également renforcer une fois de plus l’intérêt pour l’Europe dans nos pays. C’est également un critère essentiel de ce traité.

Mesdames et Messieurs,
Nous sommes également arrivés avec ce nouveau traité à être en mesure de permettre à l’Europe de résoudre les problèmes qui nous occupent, les défis auxquels nous sommes confrontés et pourquoi nous avons créé cette Europe.

L’Europe a été une œuvre de paix pendant la période de la guerre froide, et elle le reste, évidemment. Aujourd’hui, lorsque l’on va de la Norvège -qui n’est malheureusement pas encore parmi nous- jusqu’en Espagne sans passer de frontières, les jeunes Européens ne peuvent pas imaginer le progrès que cela représente, parce que, en tant que jeunes du début du XXIe siècle, ils n’ont pas connu autre chose, ils considèrent que cette Europe élargie sans frontières est leur espace normal de vie.

Garantir la paix est une des missions de l’Europe, mais ce n’est pas la seule. Nous vivons tous aujourd’hui dans un monde, le monde de la mondialisation. La mondialisation est partout, la fin de la guerre froide en a été l’annonciateur.
Parce que les possibilités techniques offertes par les technologies de l’information, par l’Internet, se sont mises en place.
Parce que l’on ne peut plus retenir l’information.
Parce que dans les pays communistes aussi, on a compris que l’on ne pouvait plus imposer le mode de pensée aux gens pendant le travail et leur interdire de penser au personnel qu’ils avaient pour les encadrer en dehors du travail.
C’est ce qui a permis aux pays communistes de comprendre qu’ils n’étaient plus efficaces et c’est ce qui a conduit à la chute du système communiste. Et c’est ce qui fait que nous vivons tous dans la démocratie et la liberté.

Mais, le fait qu’il y ait aujourd’hui plus de personnes qui vivent dans la démocratie et la liberté, et pas seulement en Europe, le fait que la liberté se soit étendue au-delà de l’Europe et que, peu à peu, elle englobe de plus en plus de pays, a aussi conduit à une compétition de plus en plus rude.
De plus en plus de gens veulent participer à la prospérité de notre monde. Nous ne pouvons pas être là, nous Européens, et dire que nous sommes un continent des valeurs, que nous sommes attentifs aux droits individuels, mais que cela s’arrête à nos frontières, que nous ne reconnaissons pas ces droits aux autres. Non, ce n’est pas possible, il faut que tous à travers le monde aient ces mêmes chances.

Il faut donc que nous fassions face à cette concurrence, à cette compétition, sans nous isoler mais en nous regroupant. C’est le nouveau fondement de l’Europe, une Europe des valeurs communes, qui veut s’affirmer dans la concurrence mondiale comme une Europe ouverte, attachée à ses valeurs, mais aussi comme une Europe des intérêts communs. 

Peut-être un mot encore quant à l’ampleur dramatique de l’événement. Au début du XX siècle, le monde était très euro central, un habitant de la planète sur quatre était européen. Avec les Américains, nous avions la moitié de la population mondiale qui avait la même culture, les mêmes valeurs. À la fin du XXIe siècle, il y aura 9 milliards de personnes sur la planète et seule une personne sur quatorze sera européenne.
Autrement dit, nous, les 500 millions d’Européens, savons déjà qu’il est difficile de se mettre d’accord et décider entre 27 pays. Nous allons nous apercevoir que nous ne sommes qu’une infime partie de cette humanité.

Nous devrons nous attacher au développement individuel, à la liberté religieuse, à la liberté d’opinion, aux droits de l’Homme. Ce sont des valeurs que nous devrons défendre et c’est grâce à ces valeurs que le monde nous regardera pour voir comment nous défendons ces valeurs, comment nous regroupons nos intérêts, comment nous défendons notre propriété intellectuelle, comment nous mettons en place des règles que nous parvenons à imposer.
Cela va demander de notre part beaucoup d’audace, de courage et d’énergie. Et c’est pour cette raison que nous avons besoin de l’Union européenne.

Évidemment, nous aurons bien des difficultés à surmonter, mais il n’y a pas d’autres solutions et c’est ce qui rend la chose fascinante. Il faudra voir, avec ce nouveau traité, le président du Conseil parler au nom de tous les chefs d’Etat et de gouvernement, je ne sais pas si j’en serai toujours très satisfaite, et dire : je suis le président de tous les Premiers ministres et présidents de l’Union européenne. Puis, il y aura le porte-parole pour la politique étrangère qui représentera l’Union européenne, cela sera aussi une nouveauté. La Commission va devoir s’accommoder du fait que le Conseil aura différentes personnes pour le représenter. Le Parlement va aussi voir son rôle évoluer.
L’ensemble des équilibres au sein de l’Union européenne va être revu. L’Europe va avoir des visages plus clairs, plus définis. Nous allons pouvoir décider de manière également plus claire et plus définie. Ce ne sera pas toujours facile, mais c’est la voie à suivre, c’est la bonne voie, et c’est pour cela que nous défendons ce traité.

La présidence française, qui va arriver dans quelques mois, va imposer au gouvernement français et à Nicolas Sarkozy d’accompagner cette voie vers une nouvelle Europe, avec ce nouveau traité. En tant que Chancelière fédérale, je tiens à vous dire que nous sommes prêts à vous aider comme vous nous avez aidés à réussir la présidence allemande de l’Union européenne. Nous sommes prêts à vous aider à réussir la présidence française au deuxième semestre 2008.

Il y a la mise en œuvre des tâches incombant à la ratification du traité, j’espère que ce sera fait. Il y aura beaucoup d’autres sujets importants à l’ordre du jour de vos travaux. Quels sont les défis mondiaux ? La performance économique, la performance de la connaissance. Comment l’Europe peut-elle préserver sa prospérité dans le monde ?
C’est pourquoi nous devons, chacun de notre côté, faire notre travail à la maison. Je sais de quoi je parle quand je dis qu’il n’est pas toujours plaisant pour les gens d’entendre que nous sommes un continent vieillissant. Les gens vivent plus longtemps après avoir quitté la vie active, ils ont une part de vie de plus en plus longue à organiser. Cela, évidemment, a des conséquences. Nous ne pouvons pas indéfiniment étudier plus longtemps, quitter le travail de plus en plus tôt et être surpris que les retraites n’augmentent pas ! C’est pourquoi nous avons prolongé la durée légale du travail jusqu’à 67 ans en Allemagne. Beaucoup de personnes en ont peur.
C’est la raison pour laquelle il est important et juste que Nicolas Sarkozy, le Premier ministre et l’ensemble du gouvernement s’attaquent à ces réformes pour évoluer.

Le monde n’attend pas l’Europe, le monde ne va pas d’abord examiner notre code du travail avant de décider s’il veut travailler 36, 40 ou 46 heures. Chaque pays va le décider pour lui-même. Et si nous sommes plus chers, si nous avons un meilleur système de santé, une meilleure protection chômage, une meilleure politique de défense des familles, il faut aussi que nos produits soient d’autant meilleurs que nous sommes plus chers. Tout le reste va conduire à un endettement que nous ne pouvons pas assumer et laisser à nos enfants et petits-enfants.
Voilà la vérité, voilà ce sur quoi nous devons travailler.

Puis, il y a la menace terroriste. En tant qu’Etats nations, nous ne pouvons plus maîtriser seuls, chacun de notre côté, ces questions. Il existe une bonne coopération en Europe, mais il faut l’intensifier. Ce sera vraisemblablement aussi l’un des accents de la présidence française, comme la question de l’immigration. Nos amis Espagnols sont virulents sur la question comme le sont les Français et le problème est le même en Allemagne.

Puis, nous devons aussi nous attaquer à la question de l’énergie et du climat. Les choses sont plus simples en France, vous avez un consensus national relativement large sur l’énergie atomique comme une des solutions au problème énergétique. Le débat est loin d’être aussi facilement tranché en Allemagne, nous avons besoin d’une offre beaucoup plus diversifiée, avec des énergies renouvelables, avec le charbon, avec le gaz, mais aussi avec le nucléaire. Si l’Allemagne quitte le nucléaire sans apporter d’alternative, il ne faudra pas être surpris que les prix de l’électricité augmentent. Donc, le débat va se poursuivre.

Puis, il y a un autre point intimement lié à la question de l’énergie, c’est la question climatique. Le réchauffement de la planète constitue l’un des grands défis pour l’humanité. Parce qu’évidemment les flux migratoires, la question de la production alimentaire et de l’énergie sont intimement liés à la manière d’organiser les espaces de vie sur la planète.
Quel est l’avenir de l’Europe ? Quelles seront les conséquences du changement climatique sur l’Afrique ? Comment allons-nous baser notre politique énergétique ? Comment faire évoluer ces questions ?

L’heure de l‘Europe a sonné, en nous attaquant à ces questions, nous pouvons trouver des marchés pour les pays en développement, pour les pays seuils, dans le domaine des énergies renouvelables. Nous devons donc déployer toutes nos énergies et réfléchir à la manière de créer nos marchés de l’avenir sur les énergies renouvelables.
Dans ces domaines, le savoir et les compétences des ingénieurs en Europe, nous y contribuons en Allemagne, peuvent aussi nous permettre d’être leader dans le monde.

Il est vrai que l’Europe a un rôle de pionnier, nous avons encore beaucoup de débats à conduire. Je pense à l’industrie automobile, il y aura parfois des débats houleux, mais, mes chers amis, il n’y a pas d’autre solution, nous devons nous pencher sur la question de la réduction des émissions de CO2.
La question du changement climatique ne peut pas se résoudre à la seule échelle de l’Europe. L’Europe représente 15% des missions mondiales de CO2, cette part va continuer à baisser, nous pouvons être un modèle de technologie pour faire baisser ces émissions, mais il fait veiller à ce qu’à l’échelle mondiale d’autres, en particulier les Etats-Unis et les pays seuils, contribuent à cet effort.

Notre mission, et nous soutiendrons les présidences française et japonaise au G8, est de trouver des approches économiques raisonnables pour ne pas lutter contre les émissions de dioxydes de carbone de la manière la plus chère. Les écologistes y arrivent très bien, les socio démocrates parfois aussi, il faut réussir à réunir des missions des CO2 réduites et le bon sens économique. C’est ce que nous devons parvenir à faire en préservant les emplois, la sécurité sociale, l’environnement et ne pas monter les uns contre les autres.

Puis, évidemment, nous sommes également attachés à la volonté de la France d’examiner l’espace qui entoure l’Union européenne. Nous nous sommes interrogés sur la manière de concevoir notre relation avec l’Ukraine et d’autres pays de l’Est. Il y a toute la zone Méditerranée et la question de l’adhésion de la Turquie. L’UMP et la CDU-CSU sont d’accord pour exprimer un doute quant à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Mais nous avons une offre positive à faire à la Turquie : nous voulons avec elle un partenariat privilégié.

Nous savons que nous sommes tributaires les uns des autres dans un monde où les menaces sont communes. C’est quelque chose que nous devons réussir à faire passer. Il sera déterminant d’en discuter avec nos partenaires turcs sans leur donner l’impression erronée que nous voulons les repousser parce que nous voyons bien, sur toutes les questions internationales que nous ne pouvons pas les résoudre sans un partenaire aussi important que la Turquie.
L’idée et le plan de la présidence française, l’attention portée sur la Méditerranée, parce que le processus de Barcelone ne fonctionne pas comme l’avaient pensé ses fondateurs -trop bureaucratique, il implique trop peu de gens et la zone Méditerranée-, est essentielle pour la paix à travers le monde, il faut donc intensifier notre coopération dans cette zone.

Mais, en tant que pays qui a des frontières communes avec la Mer du Nord et la Mer Baltique et malheureusement pas avec la Méditerranée, ce qui serait plus sympathique en matière de température, en tant que représentante d’un tel pays, je voudrais dire que c’est mission incombe à l’ensemble de l’Europe. On ne peut pas faire en sorte que certains s’intéressent à la Méditerranée, d’autres à l’Ukraine, que la frontière passe quelque part entre la France et l’Allemagne et que l’on dise finalement que chacun s’occupe d’une chose et de son côté.
L’Allemagne veut assumer des responsabilités dans ce processus en Méditerranée et nous devons offrir à tous les pays membres la chance d’assumer des responsabilités sur cette zone Méditerranée. Et s’il y a des pays qui n’en veulent pas, il faut en faire une coopération renforcée, c’est une possibilité que nous permet le traité. Mais je suis convaincue que tous les pays européens seront intéressés et souhaiteront assumer une part de responsabilité, cher Nicolas.

Mesdames, messieurs, chers amis,
L’Europe, c’est notre avenir, c’est un changement de paradigme en matière de prospérité, c’est notre compétitivité, c’est ce qui peut nous renforcer et nous rendre plus fort. Mais l’Europe, c’est aussi un continent attaché à des valeurs, une union qui puise sa richesse dans l’idée de tolérance et de diversité.

L’Europe ne peut pas être centralisée, c’est pour cette raison que le principe de subsidiarité est si important. C’est pour cela qu’il est important que pour quelques missions la Commission soit responsable, mais qu’il y ait, au fur et à mesure du temps, des missions qui n’évoluent pas forcément de l’échelon national vers l’échelon européen, mais aussi parfois de l’échelon européen revenir à l’échelon national. C’est aussi une possibilité.

Je ne sais pas si la politique agricole doit dans les cinquante prochaines années être forcément et toujours décidée par Bruxelles. On peut envisager peut-être de re-nationaliser certains éléments. L’Allemagne aussi se demande si elle ne devrait pas planter des oliviers parce que ça apporte des subventions et cela n’a aucun sens. C’est un exemple un peu tarabiscoté, je ne voudrais pas chiffonner les agriculteurs allemands… mais cela n’aurait aucun sens !
Il faut donc voir ce qui peut rester à l’échelon européen et ce qui doit rester à l’échelon national.

Il sera important qu’en Europe, dans un esprit de tolérance, nous lui donnions la possibilité et la force de soutenir nos identités nationales. Lorsque Tony Blair est venu vous voir, il y a quelques semaines, il a fini en disant qu’il y aurait un jour peut-être une seule langue, à vous de voir laquelle. Il a dit aussi que c’était une bonne chose qu’en Europe on parle aussi français et allemand et nous continuerons à le dire.

En d’autres termes, si nous voulons convaincre nos concitoyens, et nous devons les convaincre, de la force de l’Europe, de la nécessité de l’Europe et des chances qu’elle représente, il sera très important de ne pas les priver de leur attachement à leur terre natale, à leur histoire, à leur pays.
La mondialisation est un processus dans lequel chacun se sent plus ou moins aliéné de son chez soi. On ne sait plus où l’on est. Nos Etats nationaux, c’est notre terre natale et notre terre natale, c’est aussi l’Union européenne. Ce sont les deux faces d’une même médaille que nous devons faire avancer en parallèle de manière raisonnable.

L’Europe sera d’autant plus forte que nous aurons une vision commune de la mondialisation. Cette vision commune, cette cohésion sociale, cette cohésion entre nos sociétés n’est pas la même dans l’identité européenne que peut-être chez nos partenaires américains. L’Allemagne est marquée par ce que l’on appelle l’économie sociale de marché. La cohésion sociale, l’équilibre entre liberté, solidarité, équité et justice s’appuie sur une tradition très particulière dans notre pays, une tradition que nous voulons maintenir et préserver. Mais nous ne pourrons le faire que si nous sommes capables de faire les évolutions nécessaires. Sinon, nous allons reculer et nous ne pourrons pas maintenir notre prospérité vis-à-vis du reste du monde.

La grande question décisive sera de savoir si en France, en Allemagne, dans les nouveaux Etats membres et dans les autres, nous parviendrons à élaborer une réflexion commune, une conception commune disant oui au changement, oui à l’ouverture.

Il faut que nous soyons sûrs de nous-mêmes, de nos Etats nationaux et de l’Union européenne. Il ne faut pas nous sentir chassés, avoir peur, nous isoler et rejeter les idées neuves. Ça toujours été la force de l’Europe lorsqu’elle était ouverte, face à la compétition, elle s’en sortait mieux.

Je suis convaincue que nous pouvons le faire.
Nous ne le pouvons pas tous seuls, c’est pour cette raison que nous échangeons sur nos différents projets de réforme. Nous savons que chacun passe par des phases difficiles lorsqu’il veut imposer des changements.
Il faut ensuite, une fois que l’on a réussi à les faire, recueillir les remerciements de notre population et continuer à travailler ensemble.
C’est pour cela que nous nous réunissons, c’est pour cela que nous continuerons.

Merci de m’avoir accueillie.
Nous voulons que la France réussisse tant sur ses réformes que sur la présidence de l’Union européenne.
Merci infiniment.

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